Ohey historique

Origine du nom "Ohey" : O = alta loca = hauts lieux
Heis ou heyde ou hey signifie dans la langue germanique : bois, taillis.
Ohey = haut lieu couvert de bois et de taillis.

Origine du nom "Haillot" : en 1280 on trouve le nom de Hailleul. Ensuite au XIVème siècle le nom a évolué en Hailheu et Hailleu. On parle de Haillot à partir du XVIème siècle.

Origine du nom "Evelette" : diminutif du hameau d'Eve. Le radical "av" et les suffixes "ava" ou "éva" renferme la notion d'eau, de cours d'eau. En roman (et dans le wallon actuel), ave, aïve, aiwe sont des variantes du mot eau.

Origine du nom "Perwez" : Perwez vient du nom latin Petrosum Vadum qui signifie gué ou bas fond pierreux. Du latin pétro (pierre en français) (pire en wallon). De Vadum on a fait "wez" qui en wallon signifie encore petit étang, abreuvoir pour bestiaux.

Origine du nom "Goesnes": pourrait être le génitif d'un nom de personne comme Godon.
Vers +/- 1380 on trouve dans un écrit parlant de la terre de Goenes. Au fil des tremps, l'orthographe du nom changera de Gosne, en Goesne puis en Goesnes. (extrait de GOESNES - Histoire d'un petit village condruzien par Joseph Balthazar)

L'entité des villages du Grand Ohey est sans conteste un habitat dont l'ancienneté est prouvée tant par les trouvailles des fouilles archéologiques que par les documents.
Une ligne de tumuli préhistoriques,c'est à dire des sortes de buttes de défense avec l'autel de la divinité protectrice avant l'évangélisation chrétienne,jalonnait l'itinéraire d'habitats de nos ancêtres condruzes.
Ce sont les emplacements de l'ancienne église d'Ohey, de l'ancienne église d'Haillot et de l'église actuelle de Perwez.
Le territoire de la commune était traversé par un chemin antique, l'ancien "diverticulum" romain allant de Lustin à Huy et passant par le Gros d'Ohey, Matagne et Perwez. Des îlots de peuplement se sont installés et développés le long de cette chaussée.
Des fouilles réalisées vers 1930 au lieu dit "Flemme" mirent à jour un cimetière gallo romain de la première époque chrétienne (IVè siècle). On a retrouvé des haches en silex et en bronze ainsi que des débris de tuiles romaines dans leschamps situés entre Goesnes et Jallet. On a aussi trouvé des monnaies romaines à Evelette.
L' Abbé Matagne, ancien curé d'Evelette, a découvert à Résimont (Evelette) l'hypocauste (chambre chauffée) d'une riche villa romaine du IIè siécle.

Au Moyen âge, l'histoire de nos communes se compliqua et l'époque fut extrêmement désastreuse à cause des rivalités entre les Grands.
Jusqu'à l'annexion de toutes nos régions par la France à la fin du XVIIIè siècle, il faut distinguer d'une part Evelette et Perwez et d'autre part Ohey, Haillot, Goesnes et Jallet.
Evelette et Perwez faisaient partie de la principauté de Liège qui a réussi à rester indépendante jusqu'au Régime Français.
Ohey, Haillot firent d'abord partie du comté de Namur. Au 12è siècle, ce comté de Namur comprenait une bande de territoire sur la rive droite de la Meuse.
En 1199, le traité de Dinant a fait deux parts de ces terres, la partie sud fut attribuée au comte de Luxembourg. Les villages devenus luxembourgeois furent appelés "en Rendarche" et rattachés à la prévôté de Poilvache. Ces villages étaient dits " en Rendarche" parce que rangés le long de la forêt d'Arche (en ren d'arche).
La seigneurie de Goesnes (avec Filée et Jallet) fit l'objet de luttes interminables entre Liègeois et Namurois.
Goesnes et son manoir furent ainsi le théâtre de la fameuse "guerre de la vache " (XIIè S) qui dévasta longtemps le Condroz.
L'histoire de la vache volée par un paysan de Jallet (sujet du seigneur de Goesnes) au marché de Ciney (ville de la principauté de Liège) ne fut que le prétexte de cette guerre, car la querelle qu'il s'agissait de vider était celle du comté de Namur et du Prince Evêque de Liège.
En 1342 Jean l'Aveugle, duc de Luxembourg, vendit Poilvache à la comtesse de Namur Marie d'Artois. Au décès de Jean, Comte de Namur (1430), son comté rejoignit l'Etat bourguignon de Philippe le Bon.
Ohey, Haillot, Goesnes et Jallet connurent tour à tour la domination des Bourguignons, des Autrichiens, des Espagnols puis de nouveau des Autrichiens.
Suite au passage du comté de Namur à la Maison de Bourgogne, les Liègeois envahirent nos régions et brûlèrent nos villages.

En 1577 commença une période particulièrement dramatique pour toute la région, la guerre et la famine désolèrent le pays de Namur qui sous le gouvernement de Don Juan d'Autriche fut le théâtre d'opérations militaires.
L'année 1587 vit la misère à son comble; les cultures furent abandonnées, les villages désertés, la famine règna et la mortalité monta en flèche.
1636 fut aussi une année tragique : le Duc de Lorraine envahit le pays et le désola pendant une longue période. Cette même année la peste dépeupla nos villages. Perwez perdit 222 habitants.
Après ce sinistre épisode, ce fut la guerre avec la France qui tint le pays sous une menace permente d'invasion et de pillage.

En 1789-90 pendant la révolution brabançonne (= révolte des "patriotes belges" contre les Autrichiens), nos villages connurent une nouvelle période trouble.
Durant une année entière, la région subit des mouvements de troupes, de nombreuses escarmouches, les tribulations et les exactions des militaires des deux camps; le mois de septembre fut particulièrement meurtrier; le village et le château d'Ohey furent ravagés et pillés par des patriotes. Ceux-ci furent défaits de manière totale à Assesse le 22 septembre 1790; les Autrichiens entrèrent à Bruxelles mais durent quitter définitivement la Belgique après leur défaite face aux Français à Fleurus en 1794. L'annexion par la France des territoires belges dominés jusque là par l'Autriche et des territoires de la Principauté de Liège fut confirmée par un traité en 1795.
Sous le régime français, nos jeunes gens furent soumis à la conscription. Certains s'illustrèrent sur les divers champs de bataille de l'Europe, d'autres réfractaires, prirent le maquis.
A la fin de l'Empire de Napoléon Bonaparte (1814-1815), Prussiens, Autrichiens et Russes occupèrent nos régions, ruinèrent les habitants par des réquisitions journalières de bétail, chevaux, paille, farine..... En 1815 des hussards firent irruption et établirent plusieurs camps : ils pillèrent et tourmentèrent la population.
Après Waterloo, la Belgique fut rattachée à la Hollande au sein du royaume des Pays-Bas. L'influence prépondérante des Hollandais dans la vie publique et le manque de libertés causèrent la révolution belge de 1830 et amenèrent l'indépendance de notre pays.

De 1830 à 1914 la Belgique a subi plusieurs crises économiques dont nos villages souffrirent énormément.
Suite à l'invasion de la Belgique par l'Allemagne le 4 août 1914, de nombreux belges s'engagèrent comme volontaires.
Dés le 5 août, des Allemands arrivèrent dans nos villages : d'abord quelques patrouilles d'éclaireurs "Les uhlans", puis des cavaliers "les hussards de la mort" et enfin des fantassins à partir du 18 août. Le Général Von Bullow, commandant de la IIè armée, établit son quartier général au chateau d'Ohey. Les allemands se montrèrent moins sauvages à Ohey qu'ailleurs : des civils furent tués à Evelette et à Haillot. La guerre se prolongeant, les Allemands manquèrent bientôt d'ouvriers. En 1916, ils ordonnèrent la réquisition dans les territoires occupés : les déportés en Allemagne furent nombreux : 75 à Evelette, 32 à Goesnes, 63 à Haillot, 6 à Jallet , 36 à Ohey et 33 à Perwez.

Retenons deux évènements de la fin de la seconde guerre mondiale : le 19 juin 1944 suite à un malheureux coup de main de l'Armée Secrète contre une patrouille allemande près du Tilleul à Ohey, deux résistants furent tués et un autre fut fait prisonnier et torturé. Une heure plus tard, au carrefour de la rue de Ciney et de la rue du Bois d'Ohey, un groupe de l'Armée blanche tente de détruire une voiture de la Gestapo. Une grenade blessa grièvement un major. La réaction allemande fut violente. Le village fut cerné et la grande rafle commença à Ohey et aussi à Haillot. Une bonne vingtaine de jeunes gens innocents furent envoyés dans les camps de travail en Allemagne.
Le 24 décembre 1944, un avion américain en perdition s'écrasa dans la campagne de Reppe. Deux aviateurs furent tués à proximité de l'appareil et un troisième trouva la mort en sautant; son parachute s'était mis en torche.
L'équipage avait voulu éviter le centre du village. Le B17 continua son vol pour s'écraser dans la campagne près de Reppe.